Cocoa Dinner 2001
"Monsieur le Représentant du Gouvernement Britannique,
Monsieur le Président de la Cocoa Association of London CAL),
Excellence Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Directeur Executif de l'Organisation Internationale du cacao,
Monsieur le Directeur-Général du Cocoa Association of London
Messieurs les Représentants des Associations Nationales, Régionales et
Mondiales du Cacao et du Chocolat,
Honorables membres de la Cocoa Association of London,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais, au nom du Président de la République de Côte d'Ivoire, Son
Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, vous adresser nos sincères remerciements
pour l'honneur que vous nous faites, et à travers nous, à tous les pays
producteurs de cacao, de nous convier à cet exceptionnel diner bi-annuel
de votre distinguée Association et de nous permettre d'intervenir dans
ce prestigieux forum.
Ma satisfaction est d'autant plus grande que votre bienveillante sollicitude
me donne l'heureuse occasion de rétablir la vérité et de corriger les
graves allégations proférées par la presse, de nature à porter un coup
sérieux au prestige et à l'image de l'économie cacaoyère dans mon pays,
en Afrique de l'Ouest et du Centre et plus généralement dans le monde.
Honorables invités,
Je voudrais d'emblée, souligner que la culture du cacao est un secteur
stratégique pour bon nombre de nos Etats.
Dans mon pays la Côte d'Ivoire, ce secteur fait vivre, directement et
indirectement, 45 % de la population ivoirienne, avec une production annuelle
moyenne de 1.200.000 tonnes, représentant 43 % de l'offre mondiale de
cacao.
C'est une activité qui devrait génèrer chaque année, plusieurs Millions
de dollars dans la filière. Les quelques 214 millions de dollars revenant
à l'Etat sont investis prioritairement dans la construction d'infrastructures
sociales teIles que écoles, centres de santé et puits en milieu rural.
Ainsi, le cacao constitue la base la plus solide de la lutte contre la
pauvreté et de la promotion humaine.
Mesdames et Messieurs,
La cacaoculture en Côte d'Ivoire repose entièrement sur des exploitations
de petites tailles, comprises entre 2 et 3 ha et allant rarement jusqu'à
10 ha.
Il n'y a pas de larges plantations au sens anglo-saxon du terme, s'étendant
sur des centaines d'hectares, et réclamant, par le passé, une cohorte
d'esclaves pour leur maintien, comme l'on pourrait le croire en lisant
la presse.
Les cacaoculteurs utilisent une main d'oeuvre familiale, quelquefois
secondée par des ouvriers contractuels permanents ou saisonniers.
Ces ouvriers proviennent souvent des pays voisins comme le Mali et le
Burkina Faso et ont fini par être intégrés par les populations locales.
Au fil des ans, certains d'entre eux ont acquis des terres. Ils ont progressivement
fait venir des parents, des cousins ou même des enfants recrutés, pour
le développement de leurs exploitations.
C'est ainsi qu'est né le phénomène récent d'utilisation illégale de la
main d'oeuvre infantile qui, de notre point de vue, est un acte condamnable,
criminel et totalement contraire à l'éthique et aux lois ivoiriennes.
Fort heureusement, et Dieu merci, la proportion de ce type d'exploitant
criminel reste encore faible (de 2 à 3 %, sur les 10 % que représentent
les plantations détenues par des populations de planteurs immigrés). On
constate aussi qu'une infime partie de la population autochtone commence
cependant à s'y méler.
Le phénomène a été accentué à cause du principe de la libre circulation
des biens et des personne dans le cadre de la Communauté Economique des
Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), rendant difficile la détection
des mouvement illicites de personnes.
La Côte d'Ivoire est ici la victime et non le fautif, comme l'on voudrais
le faire croire. Les recruteurs sont d'ailleurs, eux-mêmes, des maliens
et des burkinabés, pour la plupart.
C'est malheureusement là, que nos investigations nous amènent à situer
le problème d'emploi illégal de main d'oeuvre enfantine.
La Côte d'Ivoire , un Etat de droit
Distingués invités,
La Côte d'Ivoire a toujours été soucieuse des Droits de l'Homme et particulièrement
des Droits de l'Enfant et, s'est dotée d'une législation adéquate. A titre
d'exemple, les dispositions de notre Loi Fondamentale exigent la protection
spéciale des enfants et l'article 23.8 du Code du Travail Ivoirien fixe
l'âge minimum d'accès des enfants au travail à 15 ans.
Elle a de surcroît signé et ratifié l'essentiel des conventions internationales
en la matière. Parmi celles-ci, il convient de citer la convention relative
au Droit de l'Enfant adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies
du 20 novembre 1989, que mon pays a ratifié le 4 février 1991.
D'autres conventions signés, sont en cours de ratification notamment
la plus récente qui est la convention N0 182 de l'Organisation Internationale
du Travail sur les Pires Formes de Travail des Enfants, qui date du 18
juin 1999.
Mon pays a en outre signé le 1er septembre 2000, un Accord de coopération
avec la Républiquc du Mali sur le déplacement illicite des enfants.
La Côte d'Ivoire ne tolère pas et ne cautionne pas des violations de
l'ensemble de ces dispositions juridiques et réglementaires, comme l'a
exprimé récemment le Chef de l'Etat, Son Excellence le Président Laurent
GBAGBO.
Les actions entreprises par les Autorités ivoiriennes
Dès que les Autorités ivoiriennes ont été saisies de ce phénomène. des
actions vigoureuses de contrôle de police ont été menées pour faire application
de la législation interne et des conventions internationales ratifiées
par notre pays.
C'est ainsi que des contrevenants aux normes nationales ou internationales
sur l'emploi des enfants ont été appréhendés et condamnés à des peines
de prison.
Par ailleurs, 200 enfants, objets de ce trafic clandestin, ont été retrouvés
et mis en sécurité avant d'être reconduits au Mali, leur pays d'origine.
C'est pourquoi la Côte d'Ivoire toute entière a été choquée par la campagne
négative de dénigrement, menée contre elle par une certaine presse et
partant contre l'ensemble de l'industrie cacaoyère mondiale que nous représentons
tous ici.
Ce sont certains de ces enfants, remis au Consul du Mali ou rapatriés
dans leur pays, qui ont été par la suite interviewés dans les documentaires
de Channel Four et de la BBC, en faisant croire au passage, que rien n'est
fait contre ce phénomène, par les Autorités.
Je ne souhaite en aucune façon, minimiser le fléau que constitue le trafic
d'enfants en Afrique de l'Ouest. Cependant je voudrais que la distinction
soit bien établie entre les actes criminels de quelques exploitants véreux,
contre lesquels nous luttons et les pratiques régulières de la grande
majorité des cacaoculteurs, qui utilisent essentiellement une main-d'oeuvre
familiale, responsable et éthique.
Excellences,
Honorables Membres de la CAL,
Mesdames,
Messieurs.
Pour terminer mon propos, je voudrais vous réitérer les remerciements
du Gouvernement ivoirien et vous lancer à tous un vibrant appel afin qu'ensemble,
nous mobilisions nos énergies, pour combattre l'injuste campagne de presse
actuelle, qui détruit l'image du cacao et du chocolat et par conséquent,
constitue un frein au développement harmonieux de l'économie cacaoyère
toute entière.
Le Gouvernement ivoirien intensifiera sa lutte contre les trafiquants
d'enfants, afin d'éradiquer ce fléau.
Mais nous devons aussi, au niveau international, conjuguer nos efforts
pour nous engager dans une politique de prix suffisamment rémunérateurs
pour le producteur de base, pour éviter de perpétuer la pauvreté dans
les pays exportateurs, créant ainsi les conditions propices au développement
de l'esclavage sous quelque forme que ce soit.
Pour lutter contre la pauvreté, le Gouvernement ivoirien a décidé de
favoriser le développement d'organisations coopératives bien structurées,
en liaison avec le Fonds commun des produits de base et l'ICCO. Nous comptons
sur votre soutien à tous dans cette démarche.
Le Sixième Accord International sur le Cacao, qui sera bientôt ouvert
pour signature au Siège des Nations Unies à New-York, suscite beaucoup
d'espoir dans l'ensemble des pays exportateurs. En effet, cet Accord réserve
une place de choix à la promotion du secteur privé et au développement
de la cacaoculture durable, avec pour finalité la lutte contre la pauvreté,
l'amélioration des conditions socio-économiques des planteurs, l'assurance
de l'approvisionnement des industriels et partant, le développement harmonieux
de l'économie cacaoyère mondiale, dans l'intérêt aussi bien des producteurs
que des consommateurs.
Une coopération active de tous à la résolution rapide des problèmes qui
nous préoccupent aujourd'hui sera un gage certain de la cohésion et de
la solidarité accrues entre les différents opérateurs de la filière, pronée
par le nouvel Accord.
C'est sur cette note d'espoir que je voudrais terminer mon propos et
vous souhaiter une bonne soirée à toutes et à tous."
Je vous remercie de votre aimable attention."
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