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Cocoa Dinner 2001

Côte D'Ivoire à l'occasion du diner de la Cocoa Association of London (CAL)

Londres le 4 Mai 2001

"Monsieur le Représentant du Gouvernement Britannique,

Monsieur le Président de la Cocoa Association of London CAL),

Excellence Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur le Directeur Executif de l'Organisation Internationale du cacao,

Monsieur le Directeur-Général du Cocoa Association of London

Messieurs les Représentants des Associations Nationales, Régionales et Mondiales du Cacao et du Chocolat,

Honorables membres de la Cocoa Association of London,

Honorables invités,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, au nom du Président de la République de Côte d'Ivoire, Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, vous adresser nos sincères remerciements pour l'honneur que vous nous faites, et à travers nous, à tous les pays producteurs de cacao, de nous convier à cet exceptionnel diner bi-annuel de votre distinguée Association et de nous permettre d'intervenir dans ce prestigieux forum.

Ma satisfaction est d'autant plus grande que votre bienveillante sollicitude me donne l'heureuse occasion de rétablir la vérité et de corriger les graves allégations proférées par la presse, de nature à porter un coup sérieux au prestige et à l'image de l'économie cacaoyère dans mon pays, en Afrique de l'Ouest et du Centre et plus généralement dans le monde.

Honorables invités,

Je voudrais d'emblée, souligner que la culture du cacao est un secteur stratégique pour bon nombre de nos Etats.

Dans mon pays la Côte d'Ivoire, ce secteur fait vivre, directement et indirectement, 45 % de la population ivoirienne, avec une production annuelle moyenne de 1.200.000 tonnes, représentant 43 % de l'offre mondiale de cacao.

C'est une activité qui devrait génèrer chaque année, plusieurs Millions de dollars dans la filière. Les quelques 214 millions de dollars revenant à l'Etat sont investis prioritairement dans la construction d'infrastructures sociales teIles que écoles, centres de santé et puits en milieu rural. Ainsi, le cacao constitue la base la plus solide de la lutte contre la pauvreté et de la promotion humaine.

Mesdames et Messieurs,

La cacaoculture en Côte d'Ivoire repose entièrement sur des exploitations de petites tailles, comprises entre 2 et 3 ha et allant rarement jusqu'à 10 ha.

Il n'y a pas de larges plantations au sens anglo-saxon du terme, s'étendant sur des centaines d'hectares, et réclamant, par le passé, une cohorte d'esclaves pour leur maintien, comme l'on pourrait le croire en lisant la presse.

Les cacaoculteurs utilisent une main d'oeuvre familiale, quelquefois secondée par des ouvriers contractuels permanents ou saisonniers.

Ces ouvriers proviennent souvent des pays voisins comme le Mali et le Burkina Faso et ont fini par être intégrés par les populations locales. Au fil des ans, certains d'entre eux ont acquis des terres. Ils ont progressivement fait venir des parents, des cousins ou même des enfants recrutés, pour le développement de leurs exploitations.

C'est ainsi qu'est né le phénomène récent d'utilisation illégale de la main d'oeuvre infantile qui, de notre point de vue, est un acte condamnable, criminel et totalement contraire à l'éthique et aux lois ivoiriennes.

Fort heureusement, et Dieu merci, la proportion de ce type d'exploitant criminel reste encore faible (de 2 à 3 %, sur les 10 % que représentent les plantations détenues par des populations de planteurs immigrés). On constate aussi qu'une infime partie de la population autochtone commence cependant à s'y méler.

Le phénomène a été accentué à cause du principe de la libre circulation des biens et des personne dans le cadre de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), rendant difficile la détection des mouvement illicites de personnes.

La Côte d'Ivoire est ici la victime et non le fautif, comme l'on voudrais le faire croire. Les recruteurs sont d'ailleurs, eux-mêmes, des maliens et des burkinabés, pour la plupart.

C'est malheureusement là, que nos investigations nous amènent à situer le problème d'emploi illégal de main d'oeuvre enfantine.

La Côte d'Ivoire , un Etat de droit

Distingués invités,

La Côte d'Ivoire a toujours été soucieuse des Droits de l'Homme et particulièrement des Droits de l'Enfant et, s'est dotée d'une législation adéquate. A titre d'exemple, les dispositions de notre Loi Fondamentale exigent la protection spéciale des enfants et l'article 23.8 du Code du Travail Ivoirien fixe l'âge minimum d'accès des enfants au travail à 15 ans.

Elle a de surcroît signé et ratifié l'essentiel des conventions internationales en la matière. Parmi celles-ci, il convient de citer la convention relative au Droit de l'Enfant adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies du 20 novembre 1989, que mon pays a ratifié le 4 février 1991.

D'autres conventions signés, sont en cours de ratification notamment la plus récente qui est la convention N0 182 de l'Organisation Internationale du Travail sur les Pires Formes de Travail des Enfants, qui date du 18 juin 1999.

Mon pays a en outre signé le 1er septembre 2000, un Accord de coopération avec la Républiquc du Mali sur le déplacement illicite des enfants.

La Côte d'Ivoire ne tolère pas et ne cautionne pas des violations de l'ensemble de ces dispositions juridiques et réglementaires, comme l'a exprimé récemment le Chef de l'Etat, Son Excellence le Président Laurent GBAGBO.

Les actions entreprises par les Autorités ivoiriennes

Dès que les Autorités ivoiriennes ont été saisies de ce phénomène. des actions vigoureuses de contrôle de police ont été menées pour faire application de la législation interne et des conventions internationales ratifiées par notre pays.

C'est ainsi que des contrevenants aux normes nationales ou internationales sur l'emploi des enfants ont été appréhendés et condamnés à des peines de prison.

Par ailleurs, 200 enfants, objets de ce trafic clandestin, ont été retrouvés et mis en sécurité avant d'être reconduits au Mali, leur pays d'origine.

C'est pourquoi la Côte d'Ivoire toute entière a été choquée par la campagne négative de dénigrement, menée contre elle par une certaine presse et partant contre l'ensemble de l'industrie cacaoyère mondiale que nous représentons tous ici.

Ce sont certains de ces enfants, remis au Consul du Mali ou rapatriés dans leur pays, qui ont été par la suite interviewés dans les documentaires de Channel Four et de la BBC, en faisant croire au passage, que rien n'est fait contre ce phénomène, par les Autorités.

Je ne souhaite en aucune façon, minimiser le fléau que constitue le trafic d'enfants en Afrique de l'Ouest. Cependant je voudrais que la distinction soit bien établie entre les actes criminels de quelques exploitants véreux, contre lesquels nous luttons et les pratiques régulières de la grande majorité des cacaoculteurs, qui utilisent essentiellement une main-d'oeuvre familiale, responsable et éthique.

Excellences,
Honorables Membres de la CAL,
Mesdames,
Messieurs.

Pour terminer mon propos, je voudrais vous réitérer les remerciements du Gouvernement ivoirien et vous lancer à tous un vibrant appel afin qu'ensemble, nous mobilisions nos énergies, pour combattre l'injuste campagne de presse actuelle, qui détruit l'image du cacao et du chocolat et par conséquent, constitue un frein au développement harmonieux de l'économie cacaoyère toute entière.

Le Gouvernement ivoirien intensifiera sa lutte contre les trafiquants d'enfants, afin d'éradiquer ce fléau.

Mais nous devons aussi, au niveau international, conjuguer nos efforts pour nous engager dans une politique de prix suffisamment rémunérateurs pour le producteur de base, pour éviter de perpétuer la pauvreté dans les pays exportateurs, créant ainsi les conditions propices au développement de l'esclavage sous quelque forme que ce soit.

Pour lutter contre la pauvreté, le Gouvernement ivoirien a décidé de favoriser le développement d'organisations coopératives bien structurées, en liaison avec le Fonds commun des produits de base et l'ICCO. Nous comptons sur votre soutien à tous dans cette démarche.

Le Sixième Accord International sur le Cacao, qui sera bientôt ouvert pour signature au Siège des Nations Unies à New-York, suscite beaucoup d'espoir dans l'ensemble des pays exportateurs. En effet, cet Accord réserve une place de choix à la promotion du secteur privé et au développement de la cacaoculture durable, avec pour finalité la lutte contre la pauvreté, l'amélioration des conditions socio-économiques des planteurs, l'assurance de l'approvisionnement des industriels et partant, le développement harmonieux de l'économie cacaoyère mondiale, dans l'intérêt aussi bien des producteurs que des consommateurs.

Une coopération active de tous à la résolution rapide des problèmes qui nous préoccupent aujourd'hui sera un gage certain de la cohésion et de la solidarité accrues entre les différents opérateurs de la filière, pronée par le nouvel Accord.

C'est sur cette note d'espoir que je voudrais terminer mon propos et vous souhaiter une bonne soirée à toutes et à tous."

Je vous remercie de votre aimable attention."

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